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Faire face à l’Ebola : « il est impossible d’externaliser la maîtrise de la maladie »

« Plus de 300 travailleurs/euses de la santé ont perdu la vie en accomplissant leur devoir au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée, pour tenter de sauver des vies et contenir la flambée d’Ebola. Victimes d’un virus, ils/elles sont aussi les victimes d’un système non inclusif marqué par l’insécurité, au sein duquel les institutions financières internationales ont imposé des programmes de développement non durable fondés sur la privatisation de la santé, au seul bénéfice des entreprises étrangères. Ils/elles sont les victimes d’une communauté internationale négligente qui a laissé s’instaurer de telles conditions d’exploitation et de pauvreté. »

Rosa Pavanelli, secrétaire générale de l’ISP

Le FJS a répondu à l’appel de l’Internationale des Services Publics (ISP) en appui à la lutte des syndicats des travailleurs et travailleuses de la santé publique de l'Afrique de l’Ouest pour enrayer l’épidémie de la maladie à virus Ebola (EVD selon son sigle en anglais). La crise récente met en évidence les profondes fissures dans le système de santé publique africain et le manque d’accès à des soins et des services adéquats pour les citoyennes et citoyens ordinaires. Des décennies de politiques néolibérales ont provoqué l’effondrement des infrastructures, la détérioration des conditions de travail et un important exode du personnel médical vers le secteur privé plus lucratif ou vers la recherche d’emploi hors de l’Afrique.

À la fin de novembre 2014, 325 membres du personnel de santé étaient décédés des suites de la maladie dans les pays qui affichent déjà un déficit tragique dans ce domaine. L’équipement de protection inadéquat, les conditions de travail épouvantables, le manque de personnel et l’absence totale de ressources pour faire face à l’ampleur des infections sont principalement responsables du décès de ces travailleurs et travailleuses.

En outre, les travailleurs et travailleuses sont confronté(e)s à des salaires irréguliers et inadéquats, et à l’absence de protection sociale destinée aux familles des soignants malades ou décédés. Au Libéria, les travailleurs et travailleuses de la santé ne risquent pas seulement leur vie, ils se voient aussi nier leurs droits en tant que personne et leurs droits syndicaux, puisque la syndicalisation des employé(e)s du secteur public est toujours illégale.

L’ISP appelle aujourd’hui tous ses affiliés à effectuer un don au Fonds d’aide de l’ISP, qui permettra d’apporter :

  • une aide immédiate à nos membres et à leurs familles, et plus particulièrement aux proches des travailleurs et travailleuses de la santé décédé(e)s qui se trouvent privés d’accès à la protection sociale.
  • des projets à moyen et à long terme, afin de veiller à ce que chaque travailleur et travailleuse entrant en contact avec l'EVD soit protégé(e) efficacement, et puisse bénéficier de formations adéquates, ainsi que des outils et des équipements de protection individuelle nécessaires.

L’épidémie d’Ebola est un avertissement à tous les gouvernements pour investir plus de ressources financières et humaines dans les systèmes de santé publique des pays africains. L’ISP exhortera les gouvernements nationaux, les organisations régionales, ainsi que les donateurs bilatéraux et multilatéraux à veiller à ce que ces pays mettent en place des infrastructures de santé publique permettant d’assurer une couverture sanitaire universelle, ainsi que des systèmes de protection sociale, à même de soutenir les familles des travailleurs/euses tué(e)s dans l’exercice de leurs fonctions.

Les syndicats des travailleurs et travailleuses du secteur de la santé doivent faire partie du processus de soutien et de suivi à l’adoption et la mise en pratique de mesures adéquates de protection des travailleurs et travailleuses, et contribuer à l’éducation et la participation des collectivités dans le système public de soins de santé.

L’épidémie d’Ebola est un avertissement à tous les gouvernements pour investir plus de ressources financières et humaines dans les systèmes de santé publique des pays africains. Il n’y a aucune raison pour le manque de financement des soins de santé quand les multinationales récoltent des milliards dans le monde entier, tout en continuant de se soustraire à l’impôt. Les soins de santé doivent devenir une priorité dans les budgets nationaux des pays africains.

Ayuba Wabba, président du syndicat nigérian des travailleurs et travailleuses de la santé et des services médicaux (MHWUN) et du réseau des syndicats de la santé de l’Afrique de l’Ouest (WAHSUN), a déclaré ce qui suit : « nous avons besoin de systèmes de santé publique solides. Trop d’éléments essentiels sur lesquels repose le système de santé ont été externalisés. Il est impossible d’externaliser la maîtrise de la maladie. »

Mise à jour le: 22 Février 2016