Les services publics

 Les services publics que nous tenons pour acquis brillent par leur absence au Guatemala.

 

En entrant dans la ville de Guatemala, j’ai été immédiatement séduite par la grande beauté des jardins et des fleurs plantées le long des rues. J’ai aussi remarqué que des ordures s’accumulaient dans les fossés et me suis demandé pourquoi la municipalité ne les ramassait pas, comme c’est le cas au Canada. De toute évidence, les différences entre le Guatemala et le Canada ne se limitent pas à la culture, à la langue et à la température. Là-bas, les services publics auxquels nous sommes habitués ici n’existent pas.

Collecte des ordures

C’est l’absence d’un service public de collecte des ordures qui frappe le plus. À la maison, mon mari met les ordures et le recyclage à la rue tous les vendredis. Les éboueurs passent, vident nos bacs et nos poubelles et les remettent sur le troittoir.

Au Guatemala, chaque résidence et commerce doit payer environ 6,80 $ (40 quetzales) par mois pour avoir droit à la collecte « automatique » des ordures. Ceux qui ne s’abonnent pas au service finissent généralement par brûler leurs ordures ou les jeter dans des décharges, ce qui est insalubre. Pis encore, le service n’est pas fiable et même les abonnés doivent parfois s’occuper eux-mêmes de leurs ordures, parfois avec l’aide de leurs voisins. Par contre, j’ai vu des travailleurs municipaux balayer les trottoirs; comme je l’ai mentionné, les fleurs en bordure des rues étaient magnifiques. Étant donné que toutes les rues étaient bordées des mêmes fleurs, j’ai eu l’impression que c’était un projet de jardinage municipal.

En milieu rural, on peut carrément oublier le ramassage des ordures. Les vallées et le bord des routes sont jonchés de déchets, surtout de bouteilles de plastique. Ils déparent le paysage luxuriant du pays.

Soins de santé

La plupart des Canadiennes et des Canadiens sont fiers de leur système de soins de santé universel. C’est vrai que les listes d’attente peuvent être longues, mais la plupart des services sont offerts sans frais additionnels et, dans l’ensemble, la population, toutes classes socioéconomiques confondues, a accès aux mêmes soins de santé.

Il en va autrement au Guatemala, où l’on retrouve un système à trois niveaux. La première, offerte par l’État aux plus indigents, est considérée comme un dernier recours. Les hôpitaux faisant face à un manque chronique de financement : les médecins et infirmières ne recevaient pas toujours leur paye et les médicaments étaient périmés. Une femme m’a dit : « Quand on se fait soigner ici, on n’en sort pas toujours vivant. » On dit que l’argent qui devrait servir à financer le système de santé se retrouve par magie dans les coffres des forces armées.

Le niveau suivante est celle des ouvriers. Les gens qui ont un emploi peuvent faire retenir une partie de leur salaire pour avoir accès aux hôpitaux. Plusieurs le font. Bien que le niveau de service soit légèrement supérieur à celui du premier palier, les patients doivent acheter eux-mêmes leurs médicaments et nombre d’entre eux n’ont pas les moyens de se faire traiter.

Le troisième et dernier niveau est réservée à la classe nantie et aux étrangers qui en ont les moyens. Selon la dame que j’ai citée plus tôt, les hôpitaux de ce type sont les seuls recommandables. Malheureusement, bien peu de gens ont les moyens de s’y faire soigner. Par conséquent, de nombreux Guatémaltèques espèrent guérir sans soins, ce qui est préoccupant puisqu’on sait que des affections courantes et faciles à traiter peuvent mener à des maladies graves, voire à la mort, si elles ne sont pas prises en charge.

Instruction publique

Le système d’éducation est lui aussi différent du nôtre. Bien que certaines écoles soient gratuites, les parents n’ont souvent pas les moyens d’acheter l’uniforme et les livres exigés. J’ai visité une école en milieu rural dont les droits d’inscription n’étaient que de 3,41 $ (20 quetzales) par mois. Même là, plusieurs familles ne pouvaient pas payer les mensualités. Certains élèves avaient des uniformes pleins de trous, mais ils pouvaient au moins aller à l’école. Ils semblaient vraiment heureux d’être là. 

Dans un autre village, l’enseignante n’avait pas été payée de l’année, car le gouvernement refusait de reconnaître l’école de fortune. Encouragés par cette enseignante dévouée et soucieuse du bien-être des enfants, les villageois ont bâti ensemble une nouvelle école en un an à peine. L’école a reçu l’aval du gouvernement et l’enseignante est maintenant rémunérée pour son travail. Le phénomène des enseignantes « bénévoles » est assez répandu au Guatemala. Certaines enseignantes, sachant qu’elles ne toucheraient pas toujours leur paye, ont cessé de se présenter au travail. Elles auraient préféré faire autrement, mais elles avaient besoin d’un salaire normal pour répondre aux besoins élémentaires de leur famille. Je suis fière de pouvoir dire que l’AFPC subventionne la construction d’écoles (une des raisons de notre voyage).

La classe moyenne a accès à des écoles privées qui, malgré les droits de scolarité élevés, sont très prisées à cause de la qualité de l’enseignement et de l’accès à la télévision. Les enfants ne sont pas encore nés que leurs parents s’empressent de les inscrire à l’école privée. Ça m’a fait penser aux parents d’ici qui sont contraints de réserver des années d’avance la place de leur enfant en garderie, vu la pénurie de places réglementées et abordables. 

Autres services publics

Ces différences entre les services publics de nos deux pays sont les plus flagrantes, mais il en existe d’autres, notamment sur le plan des services policiers, du transport en commun, de l’électricité et des services d’aqueduc (tout le monde n’a pas l’eau courante au Guatemala). Les différences s’étendent même à la fiscalité, source de financement des services publics. Nous payons nos impôts tous les mois, mais les Guatémaltèques sont imposés sur leur épargne, ce qui ouvre la porte à la fraude fiscale et à la corruption.

J’ai aimé cette occasion de découvrir les services publics d’un autre pays et de les comparer à ceux du Canada. Et j’ai remarqué que, malgré les différences, les Guatémaltèques sont des gens heureux. Ils tissent des liens serrés entre eux et se font un devoir de s’entraider. Peut-être n’ont-ils pas des soins de santé et des écoles comparables à ceux que nous tenons pour acquis, mais ils ont la détermination et l’énergie de surmonter les obstacles.