Leadership au féminin

Par Neha Channan, SEIC
Jeunes membres 2018
Prairies

Au Guatemala, les femmes sont la force motrice du pays. Elles sont solidaires sur tous les plans : politique, social et culturel. Elles soutiennent le mouvement visant à promouvoir la cause syndicale, la dignité et la justice de toutes les couches de la société. Cette mobilisation ouvre la porte à un véritable changement dans une société qui se bat pour mettre fin aux dommages causés par le colonialisme, à la discrimination omniprésente et à d’autres formes d’inégalités qui affligent la majeure partie de la population du pays.

Sur le plan politique, l’élection de Sandra Moran au Congrès, première femme à avoir révélé publiquement son appartenance à la communauté LGBT, a marqué l’histoire en 2015. Membre du parti Convergence CPO-CRD, parti progressiste au Guatemala, elle lutte quotidiennement pour les droits de la personne et l’égalité. La politique et le leadership ne lui étaient pas étrangers puisqu’elle faisait autrefois partie du groupe de musique politique King Lalit. Mme Moran a fui le Guatemala, a demandé le statut de réfugié au Canada en 1991 et a vécu en exil pendant 14 ans. Malgré ce passé, les menaces et les campagnes contre sa personne, Sandra Moran siège au gouvernement et veut faire changer les choses. Elle voit actuellement à l’élaboration de deux lois : la violence contre les femmes (pire chez les LGBT) et l’égalité des sexes. La présentation de ces lois et de ces idées lui a valu des attaques, mais cela ne l’ébranle guère. Sandra Moran est d’avis que cinq aspects de la vie – le corps, la terre, la nature, l’histoire et la mémoire – sont anéantis par la corruption et les préjugés. Voilà pourquoi elle lutte contre la corruption, respecte l’opinion des peuples autochtones et concentre ses efforts sur les droits de la personne dans le commerce.

Mayra Jimenez, de l’organisation Ocho Tijax, est un autre exemple de femmes guatémaltèques qui se battent pour défendre des victimes, soutenir des survivantes et pour que justice soit rendue. En effet, le 8 mars 2017, un incendie dans un centre d’accueil pour filles géré par le gouvernement a coûté la vie à 41 filles et en a laissé 15 gravement brûlées. Myra, la fille de Mme Jimenez, et plusieurs autres femmes qui n’étaient ni des travailleuses sociales ni des avocates se sont mobilisées pour faire la lumière sur cette tragédie et se battre afin que les fonctionnaires responsables de ces enfants et les personnes qui ne leur ont pas porté secours pendant l’incendie payent pour leurs actes. En dépit de leur manque d’expérience ou de connaissances, les femmes d’Ocho Tijax n’ont ménagé aucun effort pour obtenir justice, témoigner de l’affection envers les familles des victimes et des survivantes et les aider. L’altruisme de ces femmes a porté des fruits : des cas ont été portés devant le système judiciaire et l’organisation a exercé des pressions sur le gouvernement, malgré les menaces potentielles.

Rosa et Angelica Choc sont des leaders communautaires qui se battent pour défendre les ressources naturelles, les droits de la personne et le territoire. Le gouvernement guatémaltèque a toujours autorisé les pays étrangers à accéder directement à ses ressources naturelles sans pour autant prendre des mesures pour protéger les populations résidant dans les zones concernées. Rosa et Angelina Choc appuient la lutte des Mayas contre les compagnies canadiennes et américaines installées sur le territoire guatémaltèque. En 2004 et 2005, la minière HudBay Minerals a transgressé les droits des populations, allant même jusqu’à les expulser en 2006, 2007 et 2008. En 2009, le mari d’Angelica, Adolfo Ich, un leader communautaire respecté, a été assassiné. La compagnie continue de bafouer les droits des populations locales. Rosa, Angelica et leurs proches subissent quant à eux des menaces quotidiennes. Malgré cela, ces deux femmes poursuivent la bataille juridique pour la justice. Elles sont traitées comme des criminelles parce que le gouvernement guatémaltèque ne les soutient pas. Les journalistes qui parlent de leur lutte sont arrêtés pour avoir dit la vérité. Rosa représente 11 survivantes des expulsions dans un tribunal où le juge et l’accusé l’ont couvert de moqueries et d’insultes. Quoi qu’il en soit, cela ne l’empêche pas de continuer à se battre pour la justice, une lutte qui se poursuit encore.

Les femmes occupent des postes de direction au sein du Comité Campesino del Altiplano (CCDA), une organisation communautaire au Guatemala. Elles contribuent aux luttes des Mayas contre les violations des droits de la personne, l’impunité et la discrimination afin de maintenir le respect social, économique et culturel. Les principes de base du CCDA comprennent la répartition équitable des terres, le développement agricole durable et la promotion de l’autonomisation économique des femmes. Le CCDA est un modèle d’organisation novateur pour les hommes et les femmes. Le besoin de formation, de ressources et le soutien technique est criant, domaines dans lesquels les femmes jouent un rôle crucial. Lubia et Neydi comptent parmi les femmes à la tête de l’organisation. Dans le but de garantir la souveraineté et la sécurité alimentaire, les femmes se sont approprié le jardinage, la culture du maïs et les plantations mixtes. Nombre d’entre elles ont également fait le saut dans le monde du travail et assument des rôles administratifs au sein du CCDA; c’est le cas de Jessica, d’Angelica-Garcia et de Victoria. Les femmes font partie du changement parce qu’elles croient qu’il faut faire pression sur le gouvernement pour un meilleur système, le développement des enfants et des femmes et le soutien aux collectivités. Elles ne se laissent pas influencer par les réactions négatives de la communauté parce qu’elles se solidarisent avec des militantes et militants qui contribuent à un changement positif.